Il y a pas mal de films sur des groupes cultes ou des icônes musicales (the Doors, Kurt Cobain, Eminem, Johnny Cash, Joe Strummer) qui se révèlent contre toute attentes être de vrais films. Il
semble que c'est le cas pour Control (qui sort en salle demain), ajoutant Ian Curtis (leader de Joy Division) à la liste des icônes officielles. Si vous ne craignez pas de lire le scénario
d’un film avant de le voir, c’est ici, si vous ne pensez pas que les bandes-annonces sont toutes les mêmes, c’est là, pour le réalisateur, voici, voilà.
À l’occasion il y a une exposition de photo du groupe prise par Pierre René-Worms, chez Agnès B. (3 et 6 rue du jour, Paris 11ème).
Placé dans le top hebdomadaire de last.fm, la vidéo de We Share Our Mother’s Health est une belle réussite de sobriété formelle. Réalisé par Motomichi
Makamura, il détonne légèrement avec le fouillis des autres clips du groupe The Knife.
Actif depuis 1999, le duo suédois (Karin et Olof Dreijer) déclare que « la photo n’a rien à voir avec la musique. Si nous pouvions nous en passer, nous le ferions. Mais c’est
presque impossible, nous utilisons alors la photo pour montrer à quoi ressemble notre musique ». Il en va sûrement de même des clips, franchement difficiles à qualifier dans leur globalité
(faîtesvousvotreavis!). Le groupe semble avoir une charte visuelle très spécifique (même si elle évolue), comme en témoignent de nombreux
travaux vidéos et scéniques ainsi que des pochettes cd tendances (ou un site web assez beau). The Knife entretient en autre une collaboration fructueuse avec
Andreas Nilsson, guitariste de Silverbullit, peintre, réalisateur, etc. (une interview là).
Dans le clip présenté ici, l’ambiance bonne enfant mêle instrument de torture, suicide collectif et des relents de 1984
(uniquement en aplats noir, rouge et blanc) ; tout ceci restant grand public, grâce à la simplicité et à la propreté de l’animation « vectorielle » (terme peut-être approximatif). Il en est de même
avec les petits découpages de South Park (les décès d’enfant sont rarement télévisuels), ou les chirurgies de
Pleix. Le réalisateur reste proche de son univers – ajoutant une nouvelle facette à l’esthétique du groupe, et ponctue
intelligemment les coordinations action/musique (souvent trop utilisées dans les clips). Amateurs de dessins pictographiques non dénués de vie, regardez aussi Ganpol&Mit.
Donnons un peu dans la luxure (et gagnons des lecteurs par la même) avec Wicked Game, premier tube du très romantique Chris Isaak. Présent sur l’album Heart Shaped
World, ce titre est a priori le plus connu d’Isaak, notamment pour sa présence dans Wild At Heart de David Lynch (Sailor et Lula en français). Le clip, réalisé par Herb
Ritts, présente notre surf-rocker tripotant Helena Christensen sur une plage (au hasard, La Réunion).
Primée au MTV Music Awards de 91, la vidéo commence par un écran de vapeur avant la première superposition d’image, technique réutilisée abondamment par la suite, avec une
relative finesse qui a mal vieillie (tout comme ces transitions léchées entre les vagues et le regard de cocker de Chris Isaak). Petite incohérence du montage, la modèle apparaît dévêtue avant son
strip-tease. Sinon, pas de grosse faute dans ce clip respectable, à part un filtre jaune un peu gerbant dans le moment le plus « hot ».
Pourtant ici encore, la maladie du clip sévie : les plans serrés durent une seconde et la caméra bouge tout le temps. Certes, un autre effet se serait sans doute trop rapproché du film X – imaginez
un plan séquence caméra fixe sur un couple s’enlaçant…
Tendancieux toujours, mais pas sexy pour un sous, on pense à Leni Riefenstahl, dans un tout autre contexte et pour un autre discours, mais les effets vidéos sont à peu près
les mêmes (en plus dynamiques chez la réalisatrice allemande), et 53 ans auparavant, avec Les dieux du stade. Vous comprendrez mieux ce parallèle en vous penchant sur le travail du
réalisateur de ce clip, Herb Ritts, photographe de mode très inspiré par la sculpture grecque, la pureté des corps musclés, l'héritage du noir et blanc... À
voir aussi, la reprise du titre Stripped (de Depeche Mode) par Rammstein,
dont le clip est un re-montage des images de Riefenstahl.
Sans connexion directe, on sent du Lynch là-dedans, et la culture californienne dont il se goinfre. Cocotier, vapeur sortie des eaux (pensons à « the air is on fire »), désirs magnifiés et tension sentimentale plus que ringarde (une première version, justement supervisée par Lynch, est pourtant moins intéressante).
Chris Isaak n’est d’ailleurs pas que tombeur de filles, il joue dans quelques films (Twin Peaks de Lynch, Little Buddha de Bertolucci ou Le Silence des Agneaux de
Jonathan Demme) et a même jouit de sa propre série Tv, The Chris Isaak Show. Un lien de plus avec le
cinéma, et pas des moindres, le titre Baby Do A Bad, Bad Thing est présent sur la B.o. d’Eyes Wide Shut (1999, Kubrick).
Remarquez que plus notre clip avance et plus la top model se fait visiblement chier dans les bras du bellâtre (« elle n’a jamais montré beaucoup d’affection pour moi »
confie Isaak – on ne peut que le plaindre). Les vidéoclips sont bien souvent le théâtre de domination réciproque entre les filles dénudées et les groupes bavant autour (tiens, voilà le sujet d’un
prochain article), et les paroles de cette chanson sont assez éloquentes sur ce sujet. A bad bad thing qu’est l’inégalité hommes/femmes, car comme conclu Isaak, Nobody loves no one.