Vous vous êtes déjà probablement posé la question en observant les écrans plats des magasins technologiques si le format 16/9ème
était plus intéressant, et pourquoi les personnes qui ne regardent que la télévision sont condamnés, puisqu’il n’y a plus que ça, à acheter une dalle qui soit rognera une
partie de l’image 4/3, soit aplatira (encore plus) Dechavane, soit rendra inactive deux cotés « inutilisés » de l’écran. Finalement, c’est peut-être une revanche du Cinéma
qui réussit à imposer son format standard à la même télévision, qui avait pourtant provoquée il y a presque soixante ans la plus grande crise financière de l’histoire du 7ème
art.
En 1953, les majors se devaient en effet de trouver une solution pour apporter une valeur ajoutée à la télévision, qui offrait à moindre coût un
spectacle tout aussi attractif. C’est en élargissant le format jusqu’à un rapport de 1:2,35* (le Cinémascope), et en améliorant l’acoustique que le public revint, conquit par l’aspect
panoramique, gigantesque et spectaculaire des films. Par la suite, le 16/9ème, un peu moins large, offrit un compromis accordant les deux parties.
En considérant, comme nous le faisons ici, le clip vidéo comme une discipline artistique, la question du mode de diffusion semble essentielle à
mettre en cause. D’abord, comment le public y a-t-il accès et dans quelles conditions.
Un petit mot d’abord sur le mode de visionnage, tel que je l’ai observé, qui semble subir un régime particulier. En
mettant de côté internet, le clip vidéo est rarement effectué de façon exclusive : c’est par exemple sur le canapé du salon, en train de lire un article, de discuter, avec un oeil distrait sur la
chanson que plaît. C’est aussi moins de dix secondes dans un magasin ou un café, entre deux activités. Il est rare de prendre la décision de regarder des clips, de façon attentive, et la
méconnaissance de l’ordre de diffusion participe au côté aléatoire du visionnage. Disons que pour la plupart des cas, le terme « toile de fond » est approprié.
Dans cette logique de diffusion, les chaînes musicales se permettent depuis quelques années d’ajouter des éléments supplémentaires à l’écran.
D’abord le traditionnel logo, plus le nom de l’émission, et depuis peu des éléments défilants, sous la forme de bandeau en haut ou en bas de l’écran. Il s’agit d’informations, de messages
SMS, ou d’annonces de la chaîne. Je ne serais donc pas surpris, avec l’agrandissement de la taille des écrans, qu’on ai bientôt droit à des
interfaces d’écran splittés deux ou trois fois, avec plusieurs logos, bandeaux, à l’image de ce que le web nous propose actuellement.
On assiste donc à l’apparition d’un format particulier, comme le montre l’image ci-dessous, très large, et qui n’est pas sans rappeler le
cinémascope évoqué précédemment. Cette proportion laisse de la place aux éléments graphiques supplémentaires (absents sur l’exemple), et la superposition devient plus facile.
Le propos de cet article n’est pas de mettre en cause ce format d’image, contraignant, mais avec lequel certains cinéastes ont fait des
merveilles**. Je mettrai tout de même une réserve, étant donné qu’il a été conçu pour des écrans gigantesques, et non pas sur les petits formats que sont comparativement
les téléviseurs. Ce qui semble plus gênant, ce sont les raisons présumées qui nous amènent à un tel format, et la vision irrespectueuse de la discipline que véhicule les chaînes, s’autorisant à
parasiter le travail d’un réalisateur. Du côté des metteurs en scène, reste à savoir quelles sont les conditions, pressions que ces derniers subissent pour accepter de voir dévaluer leur
création. Du côté des musiciens, ont-ils conscience du phénomène, et ont-ils leur mot à dire. Plus globalement il serait intéressant de savoir dans quel proportion s’applique ces changements, qui
ne sont qu’une observation de ma part, à relativiser et à approfondir, puisqu’elle ne concerne que pour l’instant certaines chaînes musicales.
Après tout, il peut s’agir d’une simple mode qui concerne ce format. Il connote une certaine élégance, et pourrait correspondre au retour aux années 50 déjà évoqué dans un article
précédent.
Voici beaucoup de questions auxquelles je donnerai suite par des interviews des principaux concernés dans les semaines à venir.
*L’image est 2, 35 fois plus grande dans le sens de la largeur que dans celle de la hauteur.
** Voici un clip
qui visuellement utilise intelligemment un format très large.